Archives de Catégorie: Politique

Le Sénat, l’avenir de la Confédération?

Crédit: SRC

On parle beaucoup ces temps-ci d’une abolition pure et simple du Sénat. L’institution est sclérosée, dit-on. Elle est inutile, dit-on. Un repaire pour les ti-namis du pouvoir, dit-on. Certes, la nomination d’un très jeune Patrick Brazeau n’a pas réellement démenti les accusations… Son incompétence certaine encore moins. Et y’a Mike Duffy qui soutirait de l’argent en déclarant son chalet de l’Île-du-Prince-Édouard sa résidence principale. Et Mac Harb pour des raisons similaires… Et Pamela Wallin, pour des dépenses de voyage… Et… Bon, je pense qu’on a compris.

Reste que l’abolition pure et simple, telle que préconisée par le NPD, serait un geste bien radical. On manquerait ainsi une grande occasion de transformer drastiquement la politique fédérale canadienne pour le mieux. Il faut une réforme, telle que le Parti Conservateur le souhaite. Toutefois, leur formule est vouée à l’échec. Il y a un adage en politique canadienne qui veut que si un problème ne peut être réglé avec un chèque, il sera simplement reporté indéfiniment aux calendes grecques. On sait bien que procéder à la réouverture de la constitution, c’est prendre le risque de faire imploser ce pays à l’équilibre précaire. Triturer ainsi  la formule du Sénat sur papier, c’est dangereux.

Alors comment rendre le Sénat utile de manière concrète, mais sans toutefois remettre en question le contrat de base du pays? Revenons à la base, d’abord. La Chambre haute avait d’abord pour intention de balancer les excès de la démocratie, mais surtout d’offrir une représentativité aux provinces au niveau fédéral. Il était convenu que le gouverneur-général devait ainsi choisir des gens qualifiés pour donner une voix à toutes les juridictions de la confédération. Avec les années, le rôle du gouverneur-général s’est effacé au point où les sénateurs furent simplement nommés au choix du Premier Ministre, d’où la chambre non-démocratique que nous avons aujourd’hui.

Une formule Mercier-Mowat

En 1887, le Premier ministre de l’Ontario Olivier Mowat et le Premier ministre du Québec Honoré Mercier se réunissent pour condamner les excès du fédéral et pour appeler à une plus grande autonomie des provinces. L’utilisation du pouvoir de désaveu qui permet à Ottawa d’annuler arbitrairement toute loi est critiqué. Mowat et Mercier appellent aussi au droit de nommer les sénateurs pour leur province; Macdonald ne considérera jamais l’option sérieusement.

Alors, qu’en est-il aujourd’hui? Une simple modification des conventions pourrait réformer le fédéralisme canadien. Donnons le droit aux assemblées législatives de nommer leurs sénateurs par une majorité des deux-tiers. Une nomination du Premier ministre provincial resterait partisane, alors que l’ensemble de l’assemblée législative apporterait une plus grande légitimé et des sénateurs des deux bords de la chambre. La Chambre haute retrouverait ainsi sa légitimité et forcerait ainsi le gouvernement à prendre les provinces en considération dans ses décisions (et pas pelleter ses problèmes dans leur cours). Une élection pure et simple n’apporterait pas une telle dynamique entre le provincial et le fédéral. Les candidats feraient ainsi parti des partis politiques fédéraux et le Sénat ne serait qu’une chambre des communes bis.

Certes, il faudrait un premier ministre fédéral avec des couilles et prêt à sacrifier cet intéressant pouvoir de nomination. Ma proposition tient un peu du rêve, mais ô combien intéressante la nouvelle dynamique serait-elle! Une réelle fédération, et non pas seulement deux niveaux de gouvernements un par-dessus l’autre.

Benjamin Dionne

Le mépris

D’entrée de jeu, je dois spécifier que je ne suis ni péquiste, ni anglophobe; j’ai mon nationalisme à la Bouchard et je me suis exilé à Toronto pour étudier en anglais, question de maîtriser complètement cette deuxième langue. Je suis loin d’être fan des gadgets identitaires, comme l’a si bien formulé Yves Boisvert de La Presse, et à mes yeux, Marois pousse sa luck pas mal ces derniers temps. Je dois le préciser car je connais déjà les quolibets dont certaines critiques m’affubleront: sectaire et fanatique, pour n’en nommer que deux.

Et de lire Kelly McParland dans le National Post hier, en parallèle au dévoilement des données du recensement 2011 sur les langues parlées au Canada, j’en ai eu la gueule à terre. Le moralisme rampant du National Post, j’y suis habitué, mais un ton aussi ouvertement moqueur et une incompréhension aussi criante de la chose francophone, c’est du rarement vu. Ça, on appelle ça du mépris. Un dédain, tout simplement, du devoir de survivance. Une incapacité flagrante à concevoir qu’on ne puisse accepter à bras ouverts cette offrande divine qu’est l’assimilation au bon peuple Canadian, celui même qui se targue de tolérance et d’ouverture. Devant le Québec, McParland est tel un G.I. au Moyen Orient, ne comprenant pas qu’on puisse refuser sa démocratie à grands coups de Jarnac.

Alors, M. McParland, juste pour vous, une explication rapide et simple: oui, être bilingue et la diversité est un atout, mais tout comme vous souhaitez garder l’anglais comme langua franca dans le ROC, nous souhaitons garder le français comme langue première. Il y a un danger bien réel dans cet océan anglophone qu’est l’Amérique du Nord et, bien que vous la regardiez de haut, la loi 101 est un outil efficace. Ni repli sur soi, ni anglophobie, il s’agit de s’émanciper non pas en opposition à l’anglais, mais tout simplement en privilégiant cette langue de nos ancêtres.

Benjamin Dionne

Jean Lapierre, spineux libéral

À lire l’article Wikipédia consacré à Jean Lapierre, on peut s’imaginer que l’homme a quitté la politique en 2007. Ce serait faire preuve d’une très grande naïveté, alors que depuis 5 ans, Lapierre sévit sur LCN et au 98,5fm. Pire encore, ç’en est même une des têtes d’affiche. Il faut dire qu’il a le verbe amusant et qu’il est souvent pertinent. Là où le bât blesse, c’est son osti de spin libéral. On s’entend, sa position éditoriale a toujours été assez claire, mais depuis quelques mois, et surtout depuis le 4 septembre, Lapierre pourrait bien être candidat au leadership du PLQ que son discours serait le même. Le jupon dépasse comme on dit, à un point tel qu’on se demande même s’il essaie de le cacher. Je ne compte plus le nombre de fois que Paul Arcand, l’animateur de l’émission du matin au 98,5fm, rabroue gentiment Lapierre d’un « charrie-pas trop! »

Juste mardi matin, à propos de l’histoire des dossiers effacés dans les bureaux de circonscription, Lapierre a tout fait pour défendre l’indéfendable. Les élus sont très mauvais perdants, et apparemment que c’est de « bonne guerre » de tout effacer avant de partir… La même chose est arrivée à Alexandrine Latendresse du NPD et à plusieurs autres députés fédéraux après l’élection de mai 2011. Au final, c’est le citoyen qui perd, et tout ce temps investi et payé par les contribuables est perdu, tout simplement. Lapierre a osé prétendre que les dossiers étaient confiés à l’ancien député, pas au nouveau, pis que c’était normal. Bullshit. Quand Marois ou Harper sont devenus Premier Ministre, pensez-vous vraiment que tous les dossiers avaient disparu? Non, bien sûr, car ce sont les dossiers du Premier Ministre, de la fonction, pas de Jean Charest ou de Paul Martin. C’est pareil pour un député, les documents sont confiés à la fonction.

Mais j’m'égare. J’ai presque fini mon BAC et ça fait plusieurs années que je suis la politique; je suis un auditeur éduqué qui sait bien quand il se fait spinner. Alors Lapierre, je l’écoute encore à chaque matin. J’en prends, et j’en laisse (beaucoup). Or, quand tu te présentes comme analyste politique, ça sous-tend que t’as des opinions objectives. L’auditeur moyen, qui prend déjà la peine d’essayer de s’éduquer un brin sur sa société, pourrait vraisemblablement croire qu’il s’agit la d’une référence, alors que sous le vernis y’a 15 couches de basse partisanerie. On trompe la populace, et on désinforme les masses.

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Lettre à Rona Ambrose

Chère Madame Ambrose,

Vous êtes députée du parti Conservateur. Déjà là, nous avons sujet à discorde. Les idéaux de votre parti ne m’interpellent pas et même, me font souvent rager. Mais bon, des divergences politiques, ce n’est pas nouveau.

Vous êtes aussi, et surtout, la ministre de la Condition Féminine. Quand j’entends « condition féminine », je me dis que le rôle est de défendre le statut de la femme. Je me dis que votre rôle, c’est d’assurer  aux femmes canadiennes leur libre choix, le contrôle de leurs décisions.

Je me dis que votre rôle, en tant que ministre de la Condition Féminine, c’est de défendre les droits acquis pour lesquels nos mères et nos grands-mères se sont battues dans les dernières décennies. Des choses comme l’égalité, l’accès à l’éducation, l’accès à la contraception. Le droit de décider pour son propre corps, entre autre. Le droit de vouloir mener à terme, ou non, une grossesse.

Peut-être suis-je trop idéaliste? Peut-être me trouvez-vous extrémiste dans mes idées? Peut-être même pensez-vous que je suis une féministe illuminée qui brûle sa brassière à la moindre occasion?

Mais aujourd’hui, vous m’avez désenchantée. Vous avez voté pour la motion qui touchait à l’avortement. Même si nous savions tous que cette motion avait d’infimes chances de passer, vous avez quand même appuyé le député Woodworth dans sa volonté de réouvrir le débat sur le statut du foetus.

Ce n’est pas simplement le statut du foetus qui est en jeu, ne soyons pas aveugles. Ça ouvre toute une boîte de Pandore. Ca remet en question le contrôle de la femme sur son propre corps. Ça nous replonge dans un débat que nous avons décidé collectivement de fermer. Ca nous ramène plusieurs années en arrière.

Je m’attends de la part de la ministre de la Condition Féminine qu’elle défende les intérêts des femmes. De toutes les femmes, autant les pro-choix que les pro-vie. Et ça tombe bien, par définition, être pro-choix, c’est aussi accepter que d’autres puissent être pro-vie. En supportant la motion du député de Kitchener-Centre, vous avez failli à votre tâche. Ç’aurait été si facile pour vous de parler pour toutes les femmes, mais non, vos propres idéaux ont pris le dessus

Je m’attendais aussi que des députés conservateurs votent pour la motion. Mais je ne m’attendais surtout pas à ce que la ministre de la Condition Féminine s’expose ainsi sur un vote controversé. Un vote, qui plus est, voué à l’échec. Pourquoi, Mme Ambrose, avez-vous décidé de divulger une position qui pose problème compte tenu de votre titre? Et surtout, à quoi ça sert de vous dévoiler ainsi dans un vote inutile? Je crois que vous vous êtes simplement aliéné de celles qui croient que la liberté de choix est primordiale.

Madame Ambrose, vous êtes députée du parti Conservateur. Déjà là, nous avons sujet à discorde. Mais à cause de votre décision en tant qu’élue ministre supposée défendre les intérêts de la femme, je crois que le fossé vient de se creuser encore plus.

Nahila Bendali

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Il n’y aura pas de NPD provincial

La semaine passée, Thomas Mulcair, en conférence à l’Institut du Nouveau Monde, nous apprenait que son parti planifiait une entrée sur la scène provinciale québécoise. Le Nouveau Parti Démocratique est déjà installé un peu partout au pays, mais dans l’autre solitude, l’organisation politique est absente. Genre. Parce que de 1963 à 2002, un NPD-Québec a existé, mais il avait coupé tous ses liens avec le bureau-chef fédéral en 1989. Ses troupes devinrent l’Union des Forces Progressives, l’ancêtre de Québec Solidaire. Bref, dans tous les cas, on parle d’une fraction de points dans l’électorat. La conquête de Jack Layton en 2011 et la fameuse vague orange qui a emporté 59 députés néo-démocrates sur les 75 sièges du Québec a donné des idées au nouveau chef du NPD. Mais fédéralistes de gauche, ne retenez pas votre souffle: il n’y aura pas de NPD-Québec.

D’abord, il faut prendre en compte la scène politique québécoise actuelle. Avec cinq partis relativement présents médiatiquement, on a déjà atteint notre point de saturation. Le système parlementaire britannique au first-past-the-post avantage une certaine forme de bipolarité, et on l’observe bien, seuls trois partis ont réellement un fair shot le 4 septembre. Et encore, le troisième parti (la CAQ au début de la campagne, le PLQ maintenant) est perçu comme un king maker, celui qui splitera le vote assez pour faire passer le parti qui devrait théoriquement être en queue de peloton. Quant à QS et Option Nationale, ils se nourrissent des miettes restantes. C’est assez pour les faire survivre, mais difficilement.

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